Chien et Loup au Japon

Ōkami le loup du Japon

Le loup dans la culture japonaise Ōkami  狼

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Image copyright Theodhor Gullfharsson.

Le loup était omniprésent en particulier dans les régions rurales et dans les montagnes japonaises. Le mot japonais pour le loup (Okami) peut être trouvé dans de nombreux noms de lieux, exemples : Okamitaira (Plateau du loup), Okamizawa (Loup du marais), ou Okamiiwa (Rocher du Loup). Le loup était révéré chaque année dans des cérémonies et faisait partie des nombreux sanctuaires Shinto, par exemple, le sanctuaire Mitsumine Jinja, qui est d’une importance particulière pour le peuple japonais. En outre, le loup peut être trouvé dans de nombreuses oeuvres d’art, des photos, des statues et des talismans.

Par opposition au « méchant loup » des mythes et contes de fées européens, le loup au Japon est considéré comme un animal bon (Ekiju). Dans les légendes de loup, il apparaît en tant que protecteur et ami des pauvres et personnes vulnérables où il avertit le peuple menaçé de catastrophes naturelles. En particulier on dit qu’il a été « le gardien de la route », c’est aussi la signification littérale de son nom zoologique (le grec) nommé « hodophylax » qui protège les itinérants dans les forêts de montagne. Une histoire existe au sujet d’un joueur de flûte aveugle qui avait perdu son chemin dans les montagnes et a été guidé par ce qu’il croyait être un chasseur. Ce fut en arrivant au village, qu’il découvrit que le chasseur était en fait un loup.

Pour les Japonais le loup n’était pas simplement un animal, mais une créature avec des capacités transcendantales. Un esprit associé à la montagne, messager des Kamis de la montagne, et bien disposé envers les gens. Si en retour, les gens ne le respectent pas, il pourrait lui aussi être mauvais. Selon John Knight, l’un des meilleurs experts des loups japonais, l’attitude de la population japonaise envers le loup reflète son attitude à l’égard de la nature.

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Image copyright Theodhor Gullfharsson.

La disparition du loup Japonais

Contrairement à l’Europe, la relation entre les Japonais et leurs loups était marquée de respect, voire de révérence. Un loup chassé juste pour le plaisir et le divertissement de la noblesse russe tel que décrit par Tolstoï dans son roman « Guerre et Paix » aurait été inimaginable au Japon.

Néanmoins par l’influence occidentale, le loup au Japon a également été chassé, au point d’être éradiqué. Il y a plusieurs raisons à cela, l’ouverture du Japon à l’Occident et la perte des traditions. Tout d’abord, le loup est apparu en tant que vecteur de la rage et ils ont contracté le virus « distemper » des chiens importés d’Europe. Plus tard, le loup fut victime des pièges et des amorces empoisonnées de strychnine posés par les éleveurs, conseillés par les Américains, pour l’empêcher de s’attaquer aux chevaux nouvellement apparus sur les pâturages.

Finalement soutenu par la cour de l’empereur à l’aide de récompense, des chasseurs professionnels se sont établis. Même les Aïnous, de l’île d’Hokkaido, qui croyaient être nés loups, ont pris part à la campagne contre le loup.

En 1889 le loup de Hokkaido a été supprimé par les fermiers et les agriculteurs dans l’île du Nord, en 1905 les derniers loups Honshu sont morts en raison d’une épidémie de rage. Les seuls vestiges du loup japonais se resument a quelques crânes et cinq exemplaires empaillés au Japon, en Hollande et au British Museum à Londres.

Mais les Japonais semblent remplis de remords quant à cette disparition tragique : certains font des rêves utopiques voyant le retour de l’ancêtre.

En attendant, un autre retour, de prime importance, a déjà eu lieu : celui du Jomon Shiba. Des éleveurs pleurant la perte des origines de leurs canidés nationaux, se sont réunis en créant le syndicat « Préservation Society for the Shiba Dog » ou « Shiba Hozonkai » ; avec pour but de redonner vie au Jomon Shiba, un chien très primitif qui avait pour la première fois foulé leurs terres il y a plus de 8000 ans.

Sa petite taille avoisinait celle des Shibas Inus actuels, dont il est d’ailleurs l’ancêtre (avec le chien Yayoi, venu de Corée il y a près de 1700 ans).

D’après les recherches génétiques, les chiens domestiques descendent du loup de Sibérie.

Toutes les études conviennent du résultat que le loup gris Sibérien (canis lupus,) peut être considérée comme l’ancêtre du chien. Une nouvelle étude japonaise a porté spécifiquement sur cette question. Les chercheurs présentent en conséquence, la preuve moléculaire directe que l’ancêtre du chien domestique est le loup.

Les ancêtres des chiens japonais sont venus au Japon à un moment où la péninsule coréenne était encore liée aux îles japonaises et formaient une grande péninsule.

Sur cette immense péninsule Coréenne – Japonaise, 3 espèces de loups différentes s’étaient déjà installées.

– Le loup japonais (Loup de Honshu Hodophilax de canis lupus 日本狼 ニホンオオカミ, Nihon Okami),  qui vivait sur les îles connues aujourd’hui sous le nom de Honshu, Shikoku et Kyushu. Au Japon, le loup japonais est aussi appelé loup Honshu.

– Le loup Hokkaido (Canis lupus hattai) qui vivait sur les îles connues aujourd’hui sous le nom de Hokkaido, Sakhaline, dans la péninsule de Kamchatka et les îles Kouriles du sud. Il est également appelé loup Ezo (Ezo Okami). Le loup Hokkaido était un peu plus grand que le loup Honshu.

– Le loup Coréen (Canis lupus coreanus) sur la péninsule coréenne, qui est toujours présent.

Les trois espèces de loup ont été obtenues à partir du loup gris de Sibérie qui s’est répandu à partir de l’Eurasie sur les régions arctiques de l’Amérique du Nord.  Cependant la datation de la séparation de ces loups avec le loup gris est controversée.

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Image copyright Theodhor Gullfharsson.

Article extrait de mon livre à paraitre  » Traditions du Japon, initiation aux philosophies et pratiques du shamanisme japonais ».

 

 

 

 

 

 

 

 

Ōkami (大神)

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