L’évolution de la tradition du Hoodoo.

A l’origine, le Hooddoo est un ensemble de pratiques magiques populaires afro américaines. (Ne pas confondre avec Vaudou, qui est une religion). Il n’existe pas de prêtres dans le Hoodoo, ni de sacrifice d’animaux, les offrandes sont majoritairement des bougies, selon le rite chrétien…

64ae90f5bc2e72f91bbfe86bf20af993

Tante Caroline Dye (Caroline Tracy Dye,1843 -la date de naissance n’est pas certaine- 1918) était une célèbre praticienne de HOODOO qui vivait à Newport, Arkansas. Voyante et  rootworker . Elle reste un esprit guide pour les praticiens de Hoodoo contemporains.

Les descendants des esclaves ont utilisé les connaissances botaniques de leur tradition, ainsi que les connaissances sur le guérissage et le contre envoûtement appelé « conjure » en anglais, et « conjuration » en français. Comme il y a souvent une ignorance des européens sur le sujet de la religiosité nord américaine, je dois expliquer que la culture nord américaine est à base anglo saxonne et protestante.

Aussi les adeptes de la conjuration afro américains utilisaient la culture protestante dans la conjuration Hoodoo. Il n’y avait donc pas de saints.

Ceci est différent des cultes afro américains qui se sont développés en Amérique du sud, qui était colonisée par des peuples hispaniques et portugais comme le Brésil, où se sont développés différents cultes afro américains, comme l’ubamda, la quimbanda, et la santeria à Cuba. Ces cultes sont basés sur un syncrétisme entre les traditions de certains peuples africains, dont les descendants avaient été vendus comme esclaves, et la religion des esclavagistes, catholiques.

En Amérique du nord, donc dans le hoodoo à base protestante, qui utilisait surtout des psaumes pour ses rituels et des passages de la bible, est venue s’ajouter l’influence du vaudou de la Nouvelle Orléans. Il s’agit d’un autre courant afro américain, qui est plus proche de la religion vaudou Haïtienne, et mixte les divinités d’origine africaines, amérindiennes, et les saints catholiques. L’interprétation de la nature des saints n’étant pas la même que dans la religion catholique stricto sensu, mais interprétée dans la « façon » plus africaine. Dans ce cas les saints deviennent des puissances spirituelles, identiques à des divinités africaines, et souvent groupés par fonction et analogie de fonctions. On peut dire que les afro américains et les cultures créoles en général, ont effectué un énorme travail de syncrétisme et de détection des équivalences entre la religion occidentale catholique et protestante, pour les ajuster au contexte dans lequel ils se trouvaient d’assujettissement à un peuple occidental colon.

Ils ont comparé les fonctions de la divinité suprême des chrétiens avec celle de la divinité suprême de leurs traditions africaines, et la fonction des divinités avec l’équivalence dans le polythéisme que constitue le culte des saints catholiques (polythéisme non assumé).

Une différence d’interprétation majeure par exemple, c’est que les divinités et les saints possèdent certains pouvoirs spirituels, voire divins, dont ils sont dépositaires, et ils peuvent aider ceux qui les invoquent grâce à ces pouvoirs. Alors que l’interprétation catholique des saints, est que seul dieu agit, et les saints auxquels le croyant s’adresse, ne font que transmettre et appuyer par leur prière la demande de l’orant. Ils n’ont pas de pouvoir par eux même.

Cette conception est contredite par le fait que les saints catholiques ont des fonctions, exemple saint Antoine retrouve les objets perdus,  saint Fiacre guéris les maladies en forme de figue, c’est-à-dire des tumeurs, et aussi les hémorroïdes, sainte Appoline contre les maux de dents etc…

Le danger de la doctrine chrétienne est que la cause des maladies ne peut qu’être une punition de Dieu, vu que le dieu suprême catholique est une sorte de dictateur cosmique qui contrôle tout.

Les traditions africaines, comme les autres peuples anciens, avaient la conception d’une divinité suprême qui est l’origine de l’univers, ou est elle même l’univers, et donc les divinités sont des émanations individualisées de cette divinité primordiale, parfois présentées comme ses enfants, ou ses manifestations. Les dieux ont des fonctions cosmiques et sont intermédiaires entre le tout et la partie qu’est l’être humain et les autres êtres vivants.

Les saints deviennent donc l’équivalent en fonction, des dieux.

Pour les cultures shamaniques, et toutes les cultures anciennes, la maladie n’est pas une punition du Dieu suprême, mais une interférence avec l’ordre naturel, l’ordre naturel étant la vitalité de l’univers, la croissance et la fertilité de la vie.

Cette vitalité universelle est contrariée par l’intervention d’entités maléfiques qui essaient de bloquer ou de détruire l’ordre naturel.

On appelle ces entités des démons ou des mauvais esprits.

Toutes les cultures connaissent ces principes.

Dans l’hindouisme, les mythes racontent l’éternel combat des dieux avec les démons.

Les guérisseurs mayas nommaient la force maléfique utilisée par les sorciers et les sorcières, poslom.

Le sort provoquait une maladie appelée gana poslom.

Les personnes maléficiées éprouvaient d’intenses douleurs puis mourraient.

Les Bénandantis étaient des guérisseurs de l’Italie du nord de la région du Frioul. Ils ont été persécutés par l’inquisition italienne pour leurs conceptions qui ne collaient pas avec la doctrine catholique. Ils disaient sortir de leur corps et se battre avec les sorcières et les sorciers, pour la préservation des récoltes et de la fertilité humaine et animale. Le fait d’accéder à une autre dimension dans laquelle ils luttaient contre les forces maléfiques était impossible à comprendre pour les inquisiteurs et la doctrine catholique. Les archives de l’inquisition ont été étudiées par le professeur Carlo Ginzburg dans son livre « les batailles nocturnes ». Il démontre que les conceptions et les pratiques shamaniques existaient toujours en Europe au 16 ème siècle.

Les conceptions des guérisseurs sont toujours les mêmes, quelle que soit l’époque et la société, car les mêmes forces et les mêmes enjeux sont toujours en vigueur dans les cultures humaines, aussi il nous incombe de préserver la connaissance des anciennes traditions pour la survie de l’humanité.

thefederalcigarjugband+auntcarolinedye2

Voici un morceau du MEMPHIS JUG BAND à la mémoire de tante Caroline Dye

Laisser un commentaire