Jean Cassien, maître spirituel (guide de prière intérieure)

Jean-Cassien

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean Cassien est un moine scythe (roumain) qui a transmis la mystique contemplative des ascètes chrétiens du désert (égyptiens  coptes) en France. Ses enseignements spirituels et non sectaires, sont à la base du monachisme français, et ouvrent à la pratique de la prière mystique intérieure,  et à la connaissance divine. Dans la suite d’Origène, il introduisit la paix et les véritables bases de la spiritualité expérimentale dans cette partie du monde, en créant deux monastères à Marseille, un pour les hommes et un pour les femmes.

Comme Lao Tseu, il disait que les principes spirituels étaient inscrits dans l’homme depuis toujours, et bien avant que Moïse n’inscrive des tables de la loi, les humains sages les suivaient spontanément. Ceux qui les ont écrits ne les ont pas créées.

« Nous en avons une preuve manifeste dans ce fait que tous les saints, avant la Loi, avant même le Déluge, ont observé sans code, les commandements de la Loi » .

Il nie que le libre arbitre n’existe pas, selon certaines doctrines, sinon l’ascèse ne servirait à rien, alors qu’elle est la clé qui permet la libération spirituelle de l’âme et son accès à la lumière incréée.

Cassien résume sa doctrine en trois points essentiels : « Ainsi est-il défini par les Pères (ceux qui ont appris la perfection intérieure par les actes et non par les vaines disputes verbales) : Tout d’abord, le désir qui naît en chacun de toute sorte de bien, est le don de Dieu ; mais de telle façon que la volonté garde son entière liberté pour aller vers l’un ou l’autre côté. Deuxièmement, c’est encore un don de Dieu qui rend efficaces les exercices des vertus, mais sans éteindre la puissance du libre arbitre. Troisièmement, c’est Dieu qui accorde encore la grâce de persévérer dans la vertu, quand nous l’avons atteinte, mais de façon que notre liberté en s’y livrant, se sente sans contrainte. Ainsi devons-nous croire que le Dieu de l’univers fait tout en tous, c’est-à-dire qu’il inspire, accompagne, fortifie, sans ôter le libre arbitre qu’il nous a donné une fois pour toutes »

La pratique de la prière mystique amène à la présence du saint esprit qu’il décrit ainsi : « Au cours de ces visites, nous nous sentons fréquemment remplis soudain de parfums bien plus délicieux que ceux de l’art des hommes ; ainsi l’âme s’anéantit dans ce bonheur, elle est transportée dans un transport excessif et perd tout souvenir de la chair ».

Ce qui signifie qu’en allant dans le corps causal par la prière mystique, on perd conscience du corps physique, bien que ce ne soit qu’une étape de l’expérience…

Les pensées qui sont dans l’humain proviennent de 3 sources, et il met en garde contre les démons (ces choses n’étant connues que des mystiques et contemplatifs, les humains non initiés ou non entraînés ne peuvent pas en prendre conscience)  :

Ces pensées peuvent être de Dieu, du démon ou de nous-mêmes : « Nous devons savoir avant tout que nos pensées peuvent avoir trois principes qui les mettent en mouvement : Dieu, le démon et nous mêmes. […] L’enchaînement de nos pensées vient du diable lorsqu’il essaie de nous faire défaillir par la séduction des vices, ou encore par des pièges cachés ; il déguise le mal en bien, avec une adresse fausse et très subtile en se présentant à nous sous l’aspect d’un ange de lumière. […] Il faut toujours examiner avec un sage discernement cette triple cause des pensées qui naissent dans notre cœur ; en découvrir tout d’abord la source et la cause ; et reconnaître de qui elles viennent, afin de nous conduire à leur égard selon le mérite de ceux qui les inspirent. C’est ainsi que, selon le précepte du Seigneur, nous deviendrons d’habiles changeurs. Ils savent distinguer avec une adresse et une science merveilleuse l’or le plus pur d’avec celui qui a été moins épuré par le feu. Leur prudence n’est pas trompée par un vil denier de cuivre imitant une monnaie précieuse sous l’aspect et l’éclat de l’or. Leur science leur fait discerner non seulement les monnaies qui sont marquées de l’image des tyrans ; mais celles mêmes qui, portant l’empreinte du roi légitime, ont été contrefaites. Dans leur grande sagesse, ils recourent enfin à l’épreuve de la balance pour s’assurer que rien n’ait été retranché à leur poids légal »

« Imaginons quelqu’un, à l’image d’un pêcheur expert, cherchant sa pitance selon l’enseignement des apôtres. Immobile, attentif, il captera la foule de ses pensées, nageant dans les tranquilles profondeurs de son cœur. Et scrutant avidement, comme d’un rocher surélevé, il jugera avec discernement : Quelles sont les pensées salutaires à tirer de lui ? Quelles sont les mauvaises et dangereuses qu’il faut éloigner ?»

Les pensées, ne sont donc que les moyens utilisés par les démons pour faire la guerre aux moines. Les vrais adversaires sont les démons : « Nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautés, les puissances, contre les maîtres de ce monde de ténèbres, contre les mauvais esprits répandus dans les airs » (Ep 6, 12, cité en Coll., 8, 2). « Il faut lutter ici non contre des adversaires visibles, mais invisibles, et impitoyables. Le combat est continuel et spirituel, de jour et de nuit, de plus il ne s’exerce pas contre un ou deux ennemis, mais des armées nombreuses; enfin l’issue en est d’autant plus à craindre que notre adversaire est plus mauvais, et son approche plus cachée » (Coll., 2, 11).

Pour accéder à la prière mystique et se libérer des démons, Cassien conseille d’avoir un modèle de prière qui permet la garde du cœur. Cela consiste à pouvoir réciter une courte invocation en permanence, la pratique se continue même dans le sommeil (qui permet de franchir les différents plans des corps subtils).

« Pour garder toujours en vous le souvenir de Dieu, voici la formule de prière que vous vous proposerez constamment : « O Dieu, venez à mon aide, Seigneur, hâtez vous de me secourir ! Ce n’est pas sans raison que ce court verset a été choisi particulièrement dans toute l’Écriture Sainte. Car il est propre à exprimer toutes les affections dont notre âme est susceptible, et il convient admirablement à tous les états et à toutes les tentations. On y voit l’invocation de Dieu contre toutes sortes de dangers, l’humilité d’une sincère confession, la vigilance que produisent une frayeur et une crainte continuelles, la considération de notre fragilité, l’espérance d’être exaucé et la confiance en la bonté de Dieu qui est toujours présent et proche de nous. Car celui qui invoque sans cesse son protecteur est assuré qu’il lui est toujours présent. Enfin, on y voit le feu de l’amour fervent, l’appréhension des pièges qui nous environnent, la crainte des ennemis qui nous assiègent nuit et jour, dont l’âme reconnaît qu’elle ne peut se délivrer que par le secours de son défenseur.

Cette formule était pratiquée par les pères du désert, et elle se transmettait de mystique en mystique, comme un secret initiatique.

« Que le sommeil vous ferme les yeux sur la méditation de ce court verset, jusqu’à ce que votre âme en soit tellement possédée, qu’elle le redise même pendant la nuit. Que ce soit la première chose qui, avant toute autre pensée, vous vienne dans l’esprit le matin à votre réveil. Qu’elle vous fasse en sortant du lit mettre les genoux par terre, et vous conduise ensuite d’action en action dans tout le cours de la journée. Enfin, qu’en tout temps, ce verset vous accompagne partout ».

C’est la pratique équivalente à celle suivie par les derviches (souvenir de Dieu -Dikr- ) , et les mystiques hindous pour atteindre « l’illumination », ou la fusion avec la divinité.

Il met en garde contre l’orgueil et les illusions qui proviennent de croire que l’on peut atteindre la connaissance spirituelle par des études intellectuelles plutôt que par la prière mystique :

« II est impossible à un esprit qui n’est pas pur d’acquérir le don de la science spirituelle. Évitez donc avec soin que vos études, au lieu de vous acquérir la lumière de la science et la gloire qui est promise à ceux qui l’obtiennent, ne deviennent des instruments de perdition par l’orgueil qu’elles feront naître ».

La prière pure ne comporte aucune représentation : « Non seulement cette prière n’est habitée par aucune image, mais encore elle se fait sans le moyens des paroles ou des expressions ; elle s’élance toute de feu, dans une continuelle vivacité de l’esprit, une tension de l’âme avec un indicible transport. Emportée en dehors des sens, et de toute chose visible, elle s’écoule vers Dieu par des soupirs et d’ineffables gémissements »

La prière parfaite se traduit dans le quotidien par le « souvenir de Dieu », par une profonde union de l’âme avec Dieu.

« La mémoire, c’est la faculté qui rend durable et permanent ce qui sans elle serait fugitif ». Le souvenir de Dieu englobe toute la vie. Mais pour le raviver et le soutenir, Cassien conseille le verset d’Écriture dont nous avons vu le commentaire:

« O Dieu, venez  à mon aide, hâtez vous, Seigneur de me secourir ! »