Professeur Carlo Ginzburg

L’idée de création de notre association est venue d’un livre du professeur italien Carlo Ginzburg. Carlo Ginzburg (né en 1939, à Turin) est un historien italien contemporain, éminent représentant de la microhistoire, également historien de l’art.

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C’est son travail sur les Benandantis qui nous a inspiré, rejoignant ce que nous avons nous mêmes découverts par d’autres chemins.

Il a écrit des ouvrages enquêtes utilisant les archives de l’inquisition italienne, et démontre que les anciens shamans et guérisseurs européens qui luttaient pour protéger l’humanité ont été détruits par l’inquisition.

De même que la mythologie européenne et nordique a été détournée par d’autres formes d’oppression comme le nazisme. Alors qu’elle n’a rien à voir avec les idéologies politiques. Carlo Ginzburg a démontré avec justesse que les affimations de Dumezil qui fait un rapport entre la mythologie germanique et les conceptions nazies sont absurdes. Nous avions déjà nous même, sans avoir connaissance de ce conflit d’historiens, dénoncé les orientations issues de la pensée d’extrème droite qui imprègne les historiens « classiques ». Pour nous le thème des Berserkir dans la littérature islandaise a un rapport avec la transformation shamanique et astrale de l’humain, au même titre que les transformations de Merlin en cerf ou en loup. Il est d’ailleurs précisé dans les textes nordiques que les transformations shamaniques consistent à maitriser le Hamr (corps subtil ou esprit de la forme). Ces capacités shamaniques ont donné naissance aux légendes des loups garous, qui ont été diabolisées par le christianisme et l’inquisition, qui ont persécuté les shamanes européens jusqu’à les détruire. A l’origine, ils sont en rapport avec l’unité du monde qui donnait aux hommes primordiaux la capacité de s’identifier avec toute forme de vie. Ces capacités existent toujours dans les humains modernes mais sont bridées par le conditionnement. Odin était l’archétype du shaman nordique : « Odin changeait de forme. Alors son corps gisait comme endormi, ou mort, mais lui, était oiseau ou animal, poisson ou serpent, et il allait en un instant dans des pays lointains vaquer à ses affaires ou à celles d’autrui. »

Le  travail de Carlo Ginzburg donne une méthodologie rigoureuse afin de découvrir la vérité dans des textes qui sont présentés comme des faits mais qui sont en réalité des formes de manipulation, la plupart du temps à des fins politiques.

Cette méthode  consiste, à isoler à l’intérieur de la documentation inquisitoriale des moments où l’accusé exprime sa propre pensée et où l’inquisiteur la note avec fidélité tout simplement parce qu’il ne la comprend pas et, de ce fait, s’avère incapable de la traduire en des termes qui fassent sens dans ses propres systèmes de représentation. C’est à l’historien de localiser ces segments privilégiés et d’en tirer sa matière.

cliquez : interview de Carlo Ginzburg

A noter que la méthodologie du professeur Ginzburg n’amène pas à faire un amalgame entre la sorcellerie maléfique et les cultes anciens tels que les cultes de Diane. Il n’adhère pas aux conclusions illusoires de ceux qui font la confusion et nient l’existence de la sorcellerie, l’existence des Benandantis révèle une plus grande complexité des réalités.

Exemple de detection d’erreurs d’historiens basées sur des conclusions aberrantes :

Le professeur Ginzburg en analysant les conclusions d’historiens comme Lily Weiser et Höfler (pareil pour Dumezil) a montré que leurs conclusions sont basées sur des interprétations arbitraires et infondées :

« Depuis toujours intégration entre mythes et rites constitue un passage délicat et problématique du travail des historiens des religions anthropologues folkloristes.

Par un véritable coup de force herméneutique Höfler annula toute distinction entre mythes et rites déchiffrant les documents des premiers comme preuve de l’existence des seconds. Sur la base d’un choix aussi insoutenable même si il venait de prémisses tout fait différentes l’égyptologue anglaise Margaret Murray avait accueilli avec les coupures nécessaires les descriptions du sabbat fournies par les sorcières poursuivies en justice comme preuve de l’existence d’un culte secret fondé sur des rituels de fertilité. L’adhésion de Höfler aux thèses de Margaret Murray n’a rien d’étonnant.

Il cite ensuite la découverte par Höfler, qui essayait de prouver que les berserkirs et les membres de sociétés guerrières nordiques étaient des groupes réels de type militaires (pour relier les légendes avec l’idéal guerrier allemand) , du témoignage du loup garou noté dans les archives de l’inquisition, qui ne correspond pas du tout à l’existence physique  de groupes initiatiques de guerriers matériels, mais renvoient au voyage shamanique  » en rêve  » :

Entre les unes et les autres il était arrivé à Höfler une singulière infortune, celle de trouver in extremis grâce à une indication de Meuli, les actes d’un procès qui s’était déroulé à la fin du xvne siècle contre un vieux loup-garou de Livonie. On se souviendra que l’annexion des loups-garous au dossier sur les sociétés masculines avait déjà été suggérée par Lily Weiser suivant une indication de Mogk. La voix d’un adepte des sociétés masculines secrètes arrivait enfin à Höfler sans passer par le filtre de la tradition littéraire.  Mais on remarquait dans le commentaire qui accompagnait la nouvelle publication des actes du procès dans l’appendice du livre un embarras évident : les récits du vieux loup-garou étaient pleins de détails fabuleux. Il était difficile d’interpréter comme des descriptions littérales de rites. En plus ils étaient explicitement centrés sur le thème des batailles menées périodiquement pour la fertilité contre les sorcières et les sorciers. Enfin ils mentionnaient franchement la présence dans ces batailles de loups-garous féminins. Höfler s’en tirait en disant que le vieux loup-garou était un fanfaron et qui plus est un balte. Les groupes guerriers germaniques (supposés) étaient au contraire rigoureusement masculins ils ne se mêlaient pas de fertilité et était en somme tout autre chose.