Livre Traditions du Japon : écologie spirituelle de l’ancien Shinto

Cet ouvrage étudie non seulement en détail toutes les formes de spiritualité du Japon, mais reconstitue l’archétype universel de l’humanité au travers de la culture du pays le plus conservateur de traditions du monde. Il présente par là un modèle à retrouver afin de dépasser la rupture moderne entre l’humanité, la nature, le monde des esprits ancestraux, des divinités, et appelle à dépasser les conflits qui divisent les cultures modernes.

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Extrait du livre « Traditions du Japon » le quiproquo sur la nature du culte des ancêtres au Japon expliqué (P. 180) :

Le Nembutsu animiste – Shamanisme japonais –

L’émergence du Nembutsu animiste

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Ippen Shonin一遍上人 (, 1234–1289) ascète du Nembutsu, libertaire et féministe du Japon de l’époque Kamakura.

Il était contre le système religieux « j’exècre les chefs de temple et leur suffisance », évitait les temples et sanctuaires gouvernementaux, et pérégrinait dans les sanctuaires et temples populaires. Il cheminait avec les Kumano Bikunis (femmes shamanes médiums adeptes d’un amidisme animiste et de la transe), puis un groupe d’adeptes voyageant avec lui, appelés « JI Shu », ils pratiquaient des danses extatiques de Odori Nembutsu. Ippen refusa d’avoir un temple et des disciples, et disait qu’il n’y a pas d’enseignement. Prenant le contre-pied de Shinran, il déclare que l’amidisme ne demande pas la foi et est inconditionnel, il suffit de répéter le Nembutsu. Il était ami avec le maître Zen Kakushin qui le reconnu comme maître Zen, mais Ippen continua ses prérégrinations Hijiri 聖. Ippen signifie unité ou non duel, cet état d’unité entre le sujet et l’objet est considéré comme satori dans le Zen, mais vu comme un état élémentaire par d’autres écoles mystiques. Bien que Ippen refusa les systèmes, doctrines, qu’il considérait comme des systèmes de pouvoir à rejeter, après sa mort (il est mort en pérégrinant) un des membres du groupe qui se considérait comme son disciple, créa une secte reprenant le nom « Ji Shu », faisant exactement le contraire de ce que pensait Ippen, créa un système, des temples etc… On peut lire un peu partout les mêmes mensonges, que Ippen aurait une doctrine, et créé une école amidiste, ce dont il ne voulait justement pas.

Depuis l’époque de Nara à la période Heian, la notion de terre pure et de paradis d’Amida était populaire dans les milieux aristocratiques bouddhistes.

On trouvait des mentions des prières pour les esprits des décédés depuis le temps du prince Shotoku, qui avait introduit un bouddhisme d’état.

La pratique du culte indépendant envers Amida bouddha se développait depuis cette époque, mais il était combattu par le système de bouddhisme gouvernemental.

Déjà à cette époque, les Bikus比丘 (moines) étaient des employés du gouvernement, et les praticiens indépendants étaient souvent emprisonnés.

Le gouvernement et la famille impériale établissaient des terres avec des paysans pour servir les temples d’état. La conséquence en était que les systèmes religieux officiels étaient dépourvus de spiritualité, et que les personnes qui cherchaient un véritable développement spirituel devaient chercher en dehors de ces systèmes.

Aussi apparurent des praticiens itinérants, en rupture avec les religions officielles.

Aux Xème et XIème siècles apparut le mouvement des Hijiris, qui enseignaient des pratiques individuelles au sein du peuple, en dehors des organisations religieuses officielles.

La plupart étaient issus de l’école Tendai, qui était en quelque sorte le Vatican du bouddhisme au Japon, et en rupture avec ce qu’ils considéraient comme étant la dégénérescence du bouddhisme, ils se mélangeaient avec les traditions populaires, Shinto, shamaniques, et Onmyojis.

Les Hijiris étaient soit des praticiens du sutra du lotus, soit Amida Hijiris, ces deux tendances étaient les pratiques principales de l’école Tendai.

Le plus connu des Hijiris était Koya Shonin, qui commença à populariser la danse du Nembutsu (Odori Nembutsu), qui était une forme shintoïste (animiste) de Nembutsu, utilisant la danse Kagura, qui était considérée comme magique dans les traditions populaires, s’originant dans les danses shamaniques de l’ancien Shinto.

Cette façon de pratiquer a donné naissance à un grand nombre de traditions artistiques et rituelles dans les villages.

Dans la conception des bouddhistes, la religion d’Amida avait pour fonction d’amener les dévots dans le monde de la terre pure afin de leur permettre d’atteindre plus facilement l’état de bouddha. Mais ce type d’enseignement ne peut pas avoir d’intérêt pour un peuple animiste, qui considère que chaque être possède un esprit, et étant des esprits, la mort n’existe pas. Les japonais possèdent depuis toujours un système traditionnel qui inclut les esprits des ancêtres et le respect des esprits et dieux de la nature. Ils connaissent bien le processus de la vie et de la mort, ainsi que ce qui se passe après que l’être humain part dans l’autre monde et passe par un processus de purification, puis accède à l’état de Kami désincarné.

Le bouddhisme est devenu adapté comme partie du culte des rites pour les esprits des décédés, et le nom d’un homme décédé est nommé « Hotoke 仏 », ce qui signifie « bouddha », le concept shinto devenant bouddhisé tout en gardant le même sens. Ce qui est différent du sens réellement bouddhiste, puisque dans le bouddhisme religieux, il ne suffit pas de mourir pour  devenir un bouddha, et de plus le bouddhiste croit à la réincarnation et nie le monde spirituel des ancêtres.

La connaissance du monde des esprits ancestraux est la tradition la plus ancienne de l’humanité, et la plus spirituelle, mais elle a été détruite par le sectarisme et l’intolérance des religions qui voulaient partout imposer un endoctrinement et contrôler les gens. Pour obtenir le contrôle sur les gens et pouvoir les exploiter, il faut leur faire peur, et leur installer la peur de la mort, ce qui est impossible s’ils suivent la tradition animiste primordiale.

On voit donc la raison de l’acharnement des exploiteurs de tout acabit à combattre et interdire les traditions populaires et la mystique naturelle du peuple, qui a tendance à revenir spontanément vers les vérités fondamentales qui découlent de la vraie nature du monde.

Il convient donc de les taxer de « superstitieux », « hérétiques », « charlatans »,  etc…

Le Nembutsu fut considéré comme une puissante pratique pour contrer les maléfices du Goryo 御霊, fortement développé durant la période Heian, (maléfices que l’on croyait provoqués par des esprits décédés dans des circonstances tragiques), ainsi que dans les campagnes afin d’éradiquer les parasites des cultures et les épidémies de maladies contagieuses.

Egalement pour le service de libération des âmes perturbées, pour leur permettre de se dégager du plan astral intermédiaire, afin d’atteindre le plan du monde des ancêtres.

Le « paradis d’Amida 極楽 (Gokuraku) » est devenu le terme pour désigner le monde des ancêtres, ou monde spirituel, divisé en 9 mondes de différents niveaux spirituels.

A noter que la plupart des universitaires croient que les rites shamaniques sont basés sur la peur des esprits, ce qui est exactement le contraire, puisque c’est lorsque il n’y a plus de shamans que les gens deviennent victimes de forces occultes, et perdent la conscience que la mort n’existe pas. Ce sont les religions qui ont en fait réussi à provoquer un lavage de cerveau y compris sur les soi disant matérialistes, dont le subconscient est toujours soumis aux forces des conditionnements religieux. Les religieux ont réussi à leur faire croire que leur système de croyance était supérieur, et représentait une évolution de l’humanité, alors qu’il s’agit d’une funeste dégradation de la spiritualité qui permet aux forces anti spirituelles de prendre le pouvoir et de se maintenir. Actuellement, le fait que les peuples se rencontrent, les religions se trouvent menacées par la montée des libertés démocratiques, et deviennent de plus en plus violentes, montrant leur véritable visage de haine et de désir de division de l’humanité et de destruction de la nature.

Au Japon, les villageois continuent de pratiquer le rituel de Mushi Okuri Nembutsu afin d’éradiquer les insectes par le Hyakuman Ben Nembutsu (un rituel de récitation d’un million de Nembutsus), ou pour faire tomber la pluie afin d’assurer les récoltes, conservant ainsi la conscience spirituelle de l’interdépendance avec la nature, comme le font aussi les indiens Hopis avec leurs rituels qui les relient à la vie du cosmos et aux étoiles.

(Le Nembutsu  ici désigne la formule : Namu Amida Butsu. Dans le « nembutsu animiste », la formule est prononcée en entier), invocation de Amida Butsu, lumière infinie et vie infinie. Certains chercheurs pensent qu’il aurait une origine zoroastrienne, le dieu de la lumière, en occident il était identifié à Harpocrate.