Maladie mentale et possession.Culture africaine.

Le sujet de l’interférence entre la dimension psycho physique humaine, et les entités d’autres dimensions sont bien connues dans la plupart des anciennes cultures. Elle ne sont interprétées de façon réaliste que dans les cultures qui n’ont pas été colonisées, et qui ont su conserver la vision du monde réaliste et directe du monde, où le visible et l’invisible sont entremêlés. Voici un texte assez complet sur ce sujet, bien que l’expression ne soit pas déconditionnée et il y a des erreurs de langage, quand on parle « d’esprits surnaturels », alors que rien n’est surnaturel. La notion de nature et de surnaturel est influencée par les fausses catégories intellectuelles, qui empêchent les gens de comprendre le monde réel. On pourra comparer avec la culture traditionnelle japonaise qui connait très bien ces sujets.

Il faut séparer la connaissance traditionnelle de la religion, car les religions se basent sur une doctrine religieuse, alors que les traditions de guérisseurs se basent sur l’accumulation des experiences humaines au cours du temps. Ces traditions peuvent parfois se ressembler, cependant leur nature est complètement différente. L’une est basée sur l’experience sans croyance, l’autre mélange l’imaginaire et l’endoctrinement. La confusion entre experience et croyance est devenue une arme pour les systèmes d’endoctrinement, qui profitent du manque de clarté sémantique général.

Je voudrais préciser, que la plupart des vidéos publiées sur des scènes d’exorcisme religieux, sont truquées. Ces sont des truquages réalisés dans un but de propagande religieuse ou commerciale. Il y a aussi evidemment des escrocs parmi les tradipraticiens, comme dans tous les domaines de la vie.

Fulani nation’s music (Senegal) :

L’article a été publié dans :  Santé tropicale (cliquez sur le lien)

DANS L’UNIVERS DES ESPRITS SURNATURELS : Les « rabs » et les « djins » à l’origine des maladies mentales. – Sud quotidien – Sénégal – 22/04/02

Les Sénégalais, à l’image de bon nombre d’africains, croient aux esprits surnaturels qui semblent envahir leur environnement. Appartenant aux religions traditionnelles africaines comme c’est le cas avec les « rabs » ou aux religions importées pour parler de l’Islam avec ses « djins », ils sont dans l’imagerie populaire, les principaux auteurs des troubles mentaux dont serait victime la majorité des leurs.

Les malades africains, notamment les Sénégalais, consultent un guérisseur dès l’apparition des premiers symptômes de pathologie mentale. Ils ne se rendent dans les structures de santé mentale spécialisées que lorsque leur cas devient plus critique ou qu’ils ont épuisé leurs ressources financières. Les psychiatres et tradipraticiens sont unanimes sur ce point: 90% des Sénégalais entreprennent en premier lieu une tradithérapie (thérapie traditionnelle, ndlr).

En réalité, la maladie mentale est toujours attribuée au Sénégal, tout comme dans d’autres pays africains, à un esprit surnaturel ou à une chose extérieure. L’affaiblissement du corps humain ou d’un autre constituant de l’être, est perçu comme conséquence, soit de l’environnement, soit des esprits. Une chose qui s’explique par le fait que dans les cultures africaines, l’être humain est moins individualisé, « il appartient à un réseau de relations lignagères à la fois horizontale et verticale ». Aussi, d’après les spécialistes de la santé mentale, les malades mentaux africains cherchent-ils toujours leur « agresseur » dans leur entourage. Ils se sentent victimes d’une agression provenant soit des êtres humains soit des esprits qui peuplent leur environnement.

Dans le registre des agressions mises sur le compte des êtres humains causant les troubles mentaux, on cite les marabouts et les sorciers. Si les marabouts utilisent leurs pouvoirs magiques pour jeter des sorts pouvant réduire la capacité intellectuelle de l’individu, le « sorcier anthropophage » quant à lui, « dévore l’âme » de sa victime. L’attaque de ces deux catégories d’agresseur aboutit dans l’imagerie populaire soit à la mort, soit à la maladie mentale ou psychosomatique. La victime est sujette à une sensation de « dévoration » d’une partie ou de la totalité du corps.

S’agissant des esprits surnaturels, ils découleraient des religions traditionnelles africaines comme c’est le cas avec les « rabs » ou des religions importées pour parler de l’Islam avec ses « djins ». Ces derniers considérés comme des esprits admis dans le Coran éprouveraient, à en croire les spécialistes de la santé mentale à l’image du professeur Henri Collomb, dans un ouvrage intitulé « sorcellerie anthropophage », un malin plaisir à apparaître aux hommes sous différentes formes terrifiantes. Les « djins » ou les « seytanés » provoquent, selon les analyses du Dr Habib Thiam, un « état de sidération avec stupeur, désorientation dans le temps et dans l’espace avec perte de la force vitale qui s’échappe à la suite de la vision sidérante et la peur qui l’accompagne ». Contrairement aux djins qui s’attaquent aux hommes « en cas de transgressions de certaines règles religieuses » ou aux « seytanés » qui le font par plaisir, les « rabs » définis comme des esprits ancestraux protègent ou cherchent à s’unir avec l’homme. Dans « Etat maniaque, rab et structure oedipienne », Babacar Diop, révèle les manifestations du « Cioro rab » et du « faru rab », qui apparaissent pendant le sommeil nocturne en rêve sous une forme qui vient partager la couche de l’individu choisi. « Ils apparaissent en général à celui ci au moment de la puberté et continuent de le fréquenter toute sa vie », explique t-il. Sous différentes formes, ils arborent la physionomie d’une personne envers qui l’individu éprouve du respect, de la pudeur et avec laquelle, les règles de la bienséance lui interdisent d’avoir des relations sexuelles. Très jaloux, le « rab » manifeste, à l’en croire, son dépit en privant l’individu d’une nombreuse progéniture, d’une vie sexuelle normale et parfois de la santé mentale. Les femmes possédées par les « rabs » ne tombent pas enceintes ou font des avortements et des fausses couches répétées. Les hommes de leur côté, souffrent d’asthénie, d’impuissance sexuelle, de stérilité.

Les « rabs » peuvent tourmenter les hommes pour recevoir d’eux les offrandes ou sacrifices comme du temps de leurs ancêtres. Le « rab » qui existerait dans certaines ethnies inflige au sujet négligeant des sanctions pouvant aller de la paralysie aux troubles mentaux.

La croyance aux troubles mentaux attribués aux esprits surnaturels n’est pas spécifique à l’Afrique. Déjà au 16 e siècle dans l’occident chrétien, il a été constaté l’existence d’un monde sacré (celui de Dieu et des démons) qui « communiquait avec le monde réel, lui envoie des signes chargés d’assurer la cohésion , l’harmonie entre autres ». Mais les humanistes occidentaux n’ont pas attendu la fin de ce siècle pour dénoncer les notions de « possession » par le démon et la sorcellerie, convaincus que cela relevait d’ impostures, de mensonges, hypocrisies et tromperies visant à « berner et leurrer les populations ». La maladie mentale qui n’était pas reconnue au moyen âge, sera par la suite remise en cause; le fou n’est plus considéré comme l’inverse de l’honnête homme. Avec Descartes, l’homme du 17e siècle a une nouvelle vision de la maladie mentale. La folie n’est plus l’envers du bon, le fou est considéré comme un malade, rappelle le Dr Habib Thiam.

En Afrique, les populations, notamment les malades mentaux et leur entourage, continuent d’attribuer leur sort aux choses extérieures. Et d’après le psychothérapeute, Oumar Ndoye, » nous devons laisser aux gens leurs croyances car éliminer les croyances d’ un peuple, reviendrait à supprimer ce peuple » . Le thérapeute qui ne réfute pas l’existence de « rabs », souligne qu’il est indispensable de tenir compte de la pathologie de l’individu, d’accorder une importance à ce qu’il dit puisque « la croyance de l’autre est déterminante dans la cure et qu’on évolue dans une société qui appartenait avant l’Islam à un système magico religieux ».

Oumar Ndoye avoue avoir été un témoin oculaire de choses relevant de l’extraordinaire. « Lors d’une séance de ndeup, un individu en transes, a bu d’une gorgée vingt litres d’eau de mer, et une ndeupkat a sauté un mur des deux pieds joints devant une assistance ébahie qui ne l’aurait pas cru si on le lui avait raconté ». Comme quoi, « l’Afrique a ses mystères que nul ne peut percer » ! Mais souligne le psychiatre Habib Thiam, « les représentations traditionnelles donnent un sens à la maladie mentale et ne culpabilisent ni le malade, ni la famille ».

Hospitalisés dans une psychiatrie

Ils mettent leur état sur le compte des esprits surnaturels

Aicha (appelons la ainsi), est une jeune fille qui séjourne dans une des structures psychiatriques de Dakar pour troubles mentaux. Aicha, vingt ans environ est d’une beauté angélique. Elle est calme dans son coin, trop calme même. Elle n’est pas violente, tient des propos « cohérents » mais est malade mentalement. Sa maladie l’a terrassée après qu’elle a accouché d’une mignonne petite fille hors mariage. Depuis, elle a été atteinte d’une psychose puerpérale (mérèdes en wolof), une pathologie mentale spécifique aux femmes car, survenant après un accouchement.

Mais Aicha est convaincue que c’est le « rab » qui lui rend visite chaque nuit, qui lui a infligé ce sort. « Je le vois toutes les nuits, il est de teint clair. Hier, il m’a réveillé et m’a demandé de me lever, je suis allée me réfugier chez mon frère. Il obstrue ma gorge et m’empêche d’avaler quelque chose, il ne veut pas que je prenne les médicaments, il immobilise mes genoux, il est dans mon corps. Et à cause de lui, j’ai des pertes de mémoire ».

Aicha se dit, possédée par un « rab » qui s’est emparée de son corps lorsqu’elle était en état de grossesse. « ma mère m’interdisait de sortir au crépuscule, c’est le jour où je lui ai désobéi, que le rab m’a pénétrée  » explique t-elle avec assurance. Elle est confortée dans sa position par son grand frère qui lui tient compagnie dans cet hôpital psychiatrique. Selon lui, leur mère qui a séjourné elle aussi dans la même psychiatrie présentait des troubles similaires. « Elle était possédée par les rabs. Mon grand père qui était un ndeupkat est mort sans lui avoir légué son savoir comme le veut la tradition, conséquence: les rabs se sont vengés sur ma mère, elle a eu des troubles psychiques. On l’a hospitalisée à Fann mais son état ne s’est pas amélioré, elle a retrouvé la santé grâce aux guérisseurs. C’est parce que ma sœur ressemble physiquement à ma mère que les rabs se sont tournés vers elle.  »

A la question de savoir pourquoi avoir opté pour la médecine moderne pour soigner sa sœur, il répond que « c’est juste pour la calmer mais on compte entreprendre une tradithérapie car, seule cette dernière peut lui permettre de se rétablir « .

Tentant d’expliquer cette situation, le psychiatre, Habib Thiam indique que les guérisseurs donnent aux patients et à leur entourage, une explication des causes de la maladie plus compréhensibles que celui de la médecine occidentale dont les termes sont aux yeux des patients trop scientifiques. Sur un tableau clinique Aicha présente un syndrome d’automatisme mental, « ses hallucinations sont dues au fait qu’elle est une fille mère, qui se sent mal à l’aise devant son entourage, elle convoque le rab pour se protéger » D’ailleurs, explique le frère, Aicha ne sortait plus, elle avait honte de croiser le regard des autres. Après son accouchement, elle a commencé à déserter la maison sur ordre, dit-elle, du « rab ». Selon le Dr Habib thiam, Aicha est victime d’une psychose puerpérale qui « attaque » les filles mères, les femmes qui ont eu des grossesses non désirées, qui ont été victimes de harcèlement et n’ont pas su gérer leur grossesse.

Le voisin de Aicha est un jeune garçon qui a mis une croix aux choses « mondaines » de la vie, il s’est orienté vers la religion passant ses journées à prier, à égrener son chapelet dans sa solitude. Rien dans cette vie n’a de sens pour lui, même pas l’école qu’il a quitté volontairement en classe de terminale. Ce jeune garçon qui respirait la joie de vivre s’était métamorphosé subitement, décidant de consacrer toute sa vie aux pratiques religieuses comme recommandé par ses frères en religion: il dort la nuit avec son chapelet après avoir « fait » les « wirds » que lui ont donné des amis. Il est devenu taciturne et solitaire. « Il n’exprime que ses besoins, » témoigne son grand frère. Mais c’est après le décès de son père dont il a été au chevet durant sa maladie, qu’il a commencé à faire des fugues, emporté dit-il, par des tourbillons. « j’ai très peur, un jour j’ai entendu des paroles de djinns qui m’ont menacé de mort. Une forte lumière avait jailli dans la chambre, le djin apparaît sous un aspect humain mais avec différentes formes ».

Moussa qui a été retrouvé dans la brousse trois jours après, par ses proches, est conduit vers un guérisseur qui est parvenu à le calmer après qu’on lui a remis 150 000Fcfa. Moussa ne voulait pas de cette thérapie qui, selon lui, est interdite par la religion musulmane. « C’est l’une des raisons pour lesquelles il n’est pas guéri puisqu’il n’y croyait pas, il taxait les guérisseurs de fétichistes, » indique son frère.

Moussa compte sur la médecine moderne pour guérir mais il reste convaincu que sa maladie est l’œuvre de satan qui « tente de détourner ceux qui veulent se rapprocher de Dieu ».

Le cas de Mariétou

Mariétou est une belle jeune femme qui occupe le poste de directrice dans une société de la place. Mariétou est belle, son regard peut faire chavirer le coeur de plus d’un homme. Ses cheveux qui croulent sur ses épaules, son teint ambré prouvent son appartenance à l’ethnie peulh. Qui plus est, elle est très intelligente, et pétrie de qualités, selon ses proches. Quand on lui relate les témoignages faits à son encontre, Mariétou ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire qui n’est guère fortuit. Car, indique t-elle, « je rends grâce au Bon Dieu, sans lui, je serai en train d’errer présentement dans les rues de la capitale comme ceux qu’on traite de fou, car j’ai été malade mentalement « .

A entendre ses propos, on ne peut s’empêcher d’ouvrir grands les yeux, croyant qu’on a mal entendu. « C’est peut être incroyable mais que croyez vous, je ne suis qu’un être humain, je suis vulnérable, d’ailleurs personne n’est épargnée par cette maladie ». Mariétou sentait qu’elle était malade mentalement. Sa structure mentale se bloquait, elle sentait sa volonté défaillir. Elle avait des maux de tête douloureux, des problèmes pour communiquer avec les autres. Des symptômes qui prouvaient qu’elle n’était plus « normale ». Trois tradithérapeutes qu’elle a eu à consulter, lui révèlent qu’ elle est possédée par un « faru rab », qui très jaloux rendait sa relation avec les autres très difficiles.

« Au début, je n’en revenais pas, car personne dans ma famille n’est possédée par un rab, d’ailleurs, ces choses frisent, pour nous, l’imaginaire. Par la suite, j’y ai cru, car le « rab » qui est de teint clair avec une longue chevelure, prenait les aspects des personnes que je connaissais. Je le voyais dans mes rêves, il partageait mes couches souvent sans que je ne puisse le chasser. Je remarquais que le lendemain, j’avais des problèmes pour m’exprimer, j’avais l’impression de porter le ciel, ma tête devenait lourde, tout était confus dans ma tête, j’en souffrais mais je ne pouvais en parler à personne de peur d’être traitée de folle, j’étais fatiguée mentalement. Au début, j’ai entrepris une psychothérapie mais c’était toujours le statut quo ».

Les choses ont commencé à se décanter lorsque Mariétou a décidé de suivre les conseils des tradithérapeutes en s’enduisant de bains rituels, en humant des poudres mystiques. « Tout est redevenu clair dans ma tête. Un jour, je me suis rendue compte que j’avais chassé le rab, il a voulu coucher avec moi, mais j’ai refusé ce que je ne pouvais pas faire auparavant. Mais n’empêche, je consultais un pschologue car j’avais besoin d’extirper ce lourd fardeau qui a empoisonné ma vie, j’avais besoin de parler à quelqu’un.  »

Mariétou revit, mais cette brèche qui s’est ouverte dans sa vie reste intacte dans sa mémoire, car possédée ou non par un « rab », elle a été malade mentalement. Elle a concilié la médecine moderne et la médecine traditionnelle, et ne s’en porte que mieux.

NDAKHTÉ DIAGNE, TRADIPRATIENNE

« Les rabs et les « djins » vivent parmi nous »

Ndakhté Diagne fait partie des « ndeupkats » les plus connues au Sénégal. Originaire d’une famille léboue, cette aide soignante de l’hôpital Abass Ndao de Dakar, a organisé son premier « ndeup », séance incantatoire où l’on exorcise les « rabs », à l’âge de 16 ans. Elle est le « chouchou » des « djins » et « rabs » qu’elle a su amadouer à travers ses offrandes. Elle dirige l’association des tradipraticiens du Sénégal qui essaie de suivre les pas de leurs aînés à l’image de Daouda Seck, décédé récemment.

-Vous faites partie des tradipraticiennes les plus célèbres de Dakar, comment en êtes-vous venue à être une ndeupkat?

-Je suis issue d’une famille léboue. Mes parents et grand parents possédés par des « rabs » ont eu à faire des ndeups. Dans nos familles lébous, cela est héréditaire. Ceux qui ne respectent pas les rabs ou ne font pas des sacrifices pour eux, risquent de grincer les dents. J’ai des oncles qui l’ont appris à leurs dépens. Ils ont voulu tourner le dos à notre tradition en détruisant les « xambs » et les « turrs » implantés chez nous et se sont retrouvés avec une paralysie à vie, et ont des difficultés pour s’exprimer. De mon côté, j’essaie d’amadouer ces esprits surnaturels par le biais des offrandes. Le rab m’est apparu à l’été de mes 16 ans. A l’époque, je venais de débuter ma carrière d’aide soignante à l’hôpital de Abass Ndao. Le rab m’empêchait de travailler. J’avais l’impression qu’un nuage s’était emparé de mon esprit car tout était flou. Par la suite, je me suis rapprochée de la célèbre « ndeupkat », Fatou Diouf, qui m’a initié à la pratique. Certains que j’ai intégré le rang des « ndeupkats ». Mais c’est lorsque j’ai mis au monde mon premier enfant, qu’ un « ndeup » a été organisé pour moi. Les « rabs » m’ont dit après que je ne pouvais plus avoir une nombreuse progéniture, que je n’aurai droit qu’à deux enfants. Ils ont décidé de me priver d’enfants pour me combler de richesses, m’ont ils dit.

-Vous êtes tradithérapeute et vous avez eu à soigner des malades mentaux qui, semble t-il, n’ont pas pu recouvrer leur santé avec la médecine moderne. Pouvez-vous nous en parler?

-Il faut que les gens sachent que la guérison de certaines maladies mentales est du ressort de la médecine traditionnelle. Elles resteront incurables si elles ne sont traitées que par la médecine moderne. Le tradithérapeute, Feu Daouda Seck, a eu à le prouver lorsqu’il a eu à collaborer avec le professeur Henri Collomb de Fann (Ndlr: psychiatre français). Une femme possédée par des esprits surnaturels était hospitalisée, pour troubles mentaux, pendant plus de 6 mois à l’hôpital psychiatrique de Fann, sans que son état ne s’améliore. Il a fallu que Daouda Seck passe une nuit avec elle et procède à un ndeup pour qu’elle se rétablisse. Bon nombre de maladies mentales sont l’oeuvre de « rabs » ou de « djins », et la guérison de ces pathologies relève du domaine de la médecine traditionnelle.

-Doit-on en déduire qu’il existe et des rabs et des djins?

-Les rabs et les djins ont toujours existé. Dieu les a crées. lIs ont été conçus à l’image des hommes, certains sont bons, d’autres mauvais, ce sont les mauvais qui cherchent à nuire aux hommes. Cela est même mentionné dans le Coran. Si le djin se manifeste à l’homme sous des formes effrayantes, le rab quant à lui pénètre l’homme. Il végète les projets de l’individu dont il s’est emparé le corps, lui fait perdre la raison, l’empêche de se marier ou d’avoir une progéniture. Ceci est valable pour les personnes que le rab a croisé et avec qui il veut s’unir. Dans ce cas, on parle de « faru rab » ou de « thioro rab » différent du rab qui est uni à une famille par un pacte comme c’est le cas avec les lébous, les sérères pour ne citer que ceux là. Il inflige des sanctions sèvères aux personnes qui ne respectent pas le pacte signé avec les ancêtres ou qui décident de le rompre. Sa colère peut se traduire par une paralysie, une folie, un échec dans toutes les entreprises, la privation de la vue. L’individu qui essuie la colère du rab peut assister à des scènes qui relèvent de l’imaginaire. Le rab peut lui jeter des pierres sans pour autant qu’il ne le voit, il peut renverser la marmite, mettre le feu chez lui. Pour lui manifester sa colère, il peut également l’ébouillanter, tuer ses enfants, ou lui en priver.

-Pourquoi ces esprits surnaturels éprouvent-ils le besoin de cohabiter avec les êtres humains?

-Ces esprits ne vivaient auparavant que dans la brousse, la forêt. Ce sont les lébous qui les ont rencontrés dans ces zones, c’est pourquoi ils « descendaient » sur les lébous. Ces endroits ont été transformés en lieu d’habitation. Les hommes les ont aménagés et y vivent. Les « rabs » sont ainsi devenus des génies protecteurs, des voisins et des doubles de l’homme. Ils ont pénétré dans chaque individu. Ils veillent dans chaque maison et apparaissent la nuit sous formes diverses. Ils peuvent prendre l’aspect d’un coq avec ses poussins, d’un marabout avec ses disciples, d’un mouton, d’une chèvre, d’un éléphant, d’une vache, d’un serpent ou même d’un lion. Chaque maison a son « rab » tout comme chaque personne en possède un. Les « rabs » sont également à l’origine des multiples accidents enregistrés en masse ces temps ci dans notre pays, c’est eux qui causent aussi les nombreuses disparitions en mer des pêcheurs car, les « rabs » veulent qu’on fasse des offrandes, ce que la majeure partie des Sénégalais ne font pas. Il faut faire des sacrifices, car les rabs sont là et sont très exigeants.

-On a l’impression que les rabs existent seulement en Afrique et non dans les autres parties du monde à l’instar de l’Europe ou de l’Amérique, alors qu’ils sont censés pénétrer tout être humain? Certains ne semblent pas y croire.

– Bien sûr que non! Pour preuve, les blancs tendent de plus en plus à venir en Afrique pour se soigner, se départir de mauvais esprits qui les handicapent. J’ai été récemment au Brésil où le « ndeup » fait partie des thérapies. Pour vous dire que les Brésiliens, à titre d’exemple, croient aux rabs. Ces derniers se manifestent aussi bien chez les Africains que chez les Européens, les Américains, les Asiatiques et autres. Seulement eux, contrairement aux africains, internent les malades dont la pathologie s’est avérée inguérissable dans des asiles alors qu’ils sont possédés par des rabs. Des américains conscients de ce phénomène, étaient venus spécialement à Dakar la semaine dernière pour profiter des séances de « ndeup ». Les rabs sont partout, ils sont chez les bambaras, les hal pulars, les sérères, les diolas, en Asie, en Amérique, etc.

-Vous parvenez , comme vous l’avez dit, à exorciser ou à calmer des esprits surnaturels pour libérer les individus qui ont été sous leur emprise. Est-ce que vous avez déjà vu un rab ou un djin de vos propres yeux?

-Je communique avec les rabs. Ils sont partout et parmi nous. Souvent, les rabs me réveillent la nuit pour que nous discutions, ils prennent la forme de grandes personnalités religieuses. Ils me prodiguent des conseils. Les rabs ne s’adressent pas uniquement aux « ndeupkats », ils peuvent converser avec n’importe quel individu sans que celui ci ne s’en rende compte. Dans les bars, les lieux de rencontre, le « rab » sous un aspect d’un être humain bien habillé peut se mettre sur la même table et discuter comme tout individu normal, à la seule différence que ses pieds sont recouverts de poils. Idem pour les « djins » qui vont chaque jour au marché, ils s’entremêlent aux individus qui ne les reconnaîtront pas alors que leur visage est déformé, ils assistent également aux grandes cérémonies familiales.

-Est-ce à dire que les djins tombent sur le poil aux personnes qui les reconnaissent dans la foule?

-Les djins ne terrifient l’homme que lorsqu’il est tout seul. Ils peuvent apparaître comme des fourmis, des abeilles etc. Ce sont les rabs qui se donnent du plaisir à faire échouer les projets, faire perdre à quelqu’un son poste de travail et dresser des barrières sur le chemin qui doit mener l’individu à la réussite. Elles sont malheureusement nombreuses les personnes qui sont possédées par les rabs à leur insu. Il faut qu’elles sachent que ces esprits existent et font partie de notre quotidien. On doit faire des sacrifices et des « tuurs » dans les mers, pour calmer les esprits. Matel BOCOUM

 

Laisser un commentaire