Caractéristiques du Supramental.

On a vu que pour les anciens yogis, la réalisation spirituelle est la fusion avec l’unité divine. Le dualisme qu’elle contient est que l’aspect unité- multiplicité de la conscience implique l’abandon de l’individualité pour atteindre le Un.

On a vu que la plupart des yogis ne peuvent pas avoir conscience des plans intermédiaires sans abandonner leur plan indifférencié, dans lequel l’individualité a disparu ( la conscience existe, mais devient supra individuelle).

Le Supramental englobe l’unité et la multiplicité dans une conscience unique :

Il a la connaissance de l’Un, mais est capable de tirer de celui-ci ses multitudes cachées; il manifeste le multiple, mais ne se perd pas dans leurs différenciations. Sri Aurobindo, « la vie divine ».

L’un est un et ne peut pas être le multiple. Le multiple est multiple et ne peut devenir un s’il ne s’annule pas. Mais dans le Supramental, ils se rencontrent. L’un est ce qu’on appelle Sat-Chit-Ananda. Existence-Conscience-Béatitude. Le multiple est notre esprit. Voit les choses comme séparées . Ne peut pas se voir comme Un sans s’être aboli.

La conscience Supramentale élimine la dualité entre l’esprit et la matière, pas seulement comme état de conscience, mais inclut la spiritualisation de la matière du corps physique.

L’Advaita dit que tout est Un. Conscience de l’unité, disparition de la multiplicité.

La Vishitadvaita dit que tout est Un par essence mais que la forme et la mesure sont différentes.

La Dwaita (conscience dualiste qui ne perçoit pas l’unité) dit que Dieu est différent de l’être humain et que l’être humain est le fils de Dieu, que la nature de la relation peut être variée comme un fils,  amant, un serviteur, un ami, etc. Cela inclut les religions occidentales et la Bakti hindoue.

Le lien entre l’un et le multiple est la conscience du supramental ou de la vérité,  qui repose et est actif simultanément, un et multiple à la fois.

C’est très difficile à expliquer .

Adwaita, Vishitaadwaita et Dwaita peuvent être considérés comme trois points différents du Supramental. Comme le dit Aurobindo: Le premier fonde l’unité inaliénable des choses, le second modifie cette unité de manière à soutenir la manifestation du multiple en un et d’un dans un; la troisième la modifie en outre de manière à soutenir l’évolution d’une individualité diversifiée qui, par l’action de l’Ignorance, devient en nous, à un niveau inférieur, l’illusion du moi séparé.

Aurobindo nie les hiérarchies de conscience, car pour lui tout état de conscience a été utile pour la nature afin de construire l’évolution de la vie. Pour le yogi dans l’unité, ceux qui sont dans le mental et l’égo sont des ignorants, mais Aurobindo intégre tous les êtres et toutes les consciences par le point de vue élargi du Supramental.

Le concept de Dwaita où l’individu et le Suprême sont séparés n’est ni inférieur ni supérieur aux autres concepts de Vishishtaadwaita ou d’Adwaita. En fait, ils sont tous égaux. Cela dépend de la façon dont on les perçoit.

L’advaita est un système spirituel qui a été sûrement construit pour contrer l’influence du bouddhisme, qui nie l’existence d’une essence spirituelle dans les êtres.

Le bouddhisme a sûrement été créé pour contrer le brahmanisme, qui était une caste qui dominait politiquement l’Inde.

Ce que le bouddhisme appelle Nirvana, c’est aussi Adwaita dans le sens où tout devient Un et est non-soi dans le sens de non individuel. Mais l’existence ne s’annule pas dans le vide mais comme cela n’est pas compris par l’esprit que nous possédons (mental), nous estimons qu’il en est ainsi. Mais cela ne peut pas être , les choses changent mais ne cessent jamais d’exister en essence , puisque tout est divin et par conséquent ne peut pas cesser d’exister en essence.

Un soufi que j’ai connu  (Pir Vilayat), le faisait remarquer, dans le nirvikalapa samadhi, dont il avait l’expérience,  la conscience individuelle semble avoir disparu, mais si elle avait réellement disparu, on ne pourrait pas revenir dans l’individualité, ce qu’on fait en réalité. Ce qui prouve que l’individualité n’est pas détruite. Certaines conceptions hindoues et yogiques disent par exemple que si un yogi reste six mois en Samadhi, il ne peut plus revenir.

Ces traditions du passé ont créé des égrégores de conscience, qui permettent certaines réalisations, mais ont divisé l’humanité dans ses états de conscience.

Peu de gens le savent, mais les égrégores agissent dans les plans subtils ou invisibles et sont des champs de forces non perçus par la plupart, sont actifs, influencent l’humanité et la vie (donc aussi les animaux et les plantes) par le plan astral subtil.

Aurobindo élimine ces limitations en les remettant en question et élargissant les possibilités. Mais comme c’est difficile à expliquer, (voire quasi impossible), cela reste incompris.